
« Non ce n’est pas une communauté… ». C’est par cette réponse affirmative que finit notre visite aux Amanins dans la Drôme. Michel Valentin, râblé, barbu, l’œil pétillant et le caractère bien trempé, vient de passer deux heures avec nous, un groupe d’une bonne trentaine de visiteurs qui, gratuitement, ont été accueillis pour visiter ce carrefour d’échanges, ce lieu de rencontre tourné vers l’entreprise singulière.
Michel Valentin et Pierre Rhabi ont mis en commun, il y a 7 ans, qui leur connaissance de l’homme, qui leur ressource financière, pour monter ce projet étonnant et ambitieux qu’est ce centre agro-économique voué à l’humanisme et à l’écologie. Un point essentiel cependant les rassemblait, l’amour de la terre.
Derrière ce projet, il y a une expérience de vie, une recherche pour laisser un monde avec des modalités de fonctionnement autres que celles qui aujourd’hui montrent leurs limites. La volonté affichée de ces deux hommes est de travailler aussi bien dans la relation à l’environnement au sens nature qu’au sens relationnel du terme : ce qui est certainement le plus dur !

La ferme hameau s’étend sur 55 hectares à la Roche sur Grâne. La visite nous permet de découvrir les différents bâtiments rénovés ou construits depuis 2 ans par les salariés et les bénévoles venus au centre et à qui d’ailleurs Michel rend hommage : « Sans les bénévoles, le projet aurait été difficile à réaliser ». La construction est une des préoccupations de ce centre, car comme on le sait, un des gros pollueurs est l’habitat, tant au niveau de la réalisation (produits industriels) que du fonctionnement (émission de Co2).
Pour ce faire, toutes les possibilités sont explorées pour construire des bâtiments à l’impact le plus faible possible : bois cordé, torchis, paille, bois etc…. La volonté est de démontrer qu’une gestion différente est possible mais que ceci reste le choix de chacun. Loin de juger, le centre fait et montre pour que chacun, à son niveau, puisse prendre conscience et essayer de faire ce qu’il juge acceptable.

Une école est ouverte aux enfants des communes environnantes ; nommée Le Colibri, elle est une explication à elle seule de cette volonté de transmettre. « Un colibri vivait dans une forêt, un jour un incendie se déclencha dans ce bois, les animaux fuyaient mais voyaient le colibri faire des allées et venues sans cesse. Le tatou lui demanda : mais que fais tu petit colibri ? Je vais au lac chercher de l’eau et je mets une goutte sur les arbres pour retarder l’incendie, répondit il ! Mais c’est trop peu d’eau, c’est inutile déclara le tatou. Peut-être dit le colibri mais au moins je fais ma part ! ».
Cette école de 22 élèves, encadrée par deux enseignants (professeurs des écoles) en classe unique, met en relation les enfants avec la nature, l’énergie, l’écologie et l’apprentissage du savoir.
La visite nous a permis de découvrir les différents corps de ferme : étable (montée en fuste), serre, fromagerie, meunerie. Le reste du terrain étant partagé entre des bois, des terrains cultivables, des pâtures permettant une quasi autarcie alimentaire au centre. La fourniture de l’énergie est assurée par un mixte de chaudière au bois et de capteurs solaires (20 m2) ; un réseau de chauffage au sol alimente les différents bâtiments. L’acquisition d’une éolienne permettra à terme d’assurer l’indépendance énergétique. Avec 20 salariés et des projets plein la tête, l’association qui deviendra peut être très bientôt une fondation, devrait arriver à équilibrer ses comptes en 2009.
Cette découverte fut un moment d’échange intéressant, loin des clichés idéalistes de certains cherchant à imposer leur point de vue, sans souvent se donner les moyens de les mettre en œuvre au sein de structures viables. Il est en effet facile de donner des leçons théoriques et nombre d’éco villages ont payé le prix de ce décalage entre le rêve et le projet. Souhaitons donc longue vie aux Amanins.
L'étable
Le travail des charpentiers
Briques de terre crue
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